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Interview Mme Krencker, Directrice du GHRMSA : « Notre groupe hospitalier est exemplaire et j’en remercie chaque acteur ! »

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Alors que la crise sanitaire liée au Covid-19 semble s’apaiser, Mme Corinne KRENCKER, Directrice du GHRMSA, revient sur cette situation exceptionnelle qui a secoué notre établissement.

Mme Krencker, pouvez-vous nous rappeler comment le GHRMSA a été appelé à se mobiliser dans le cadre de cette épidémie ?

 

Dès le 23 févier 2020, le GHRMSA s’est mis en ordre de marche pour répondre à l’arrivée des premiers cas de coronavirus. Cette mobilisation faisait suite à la demande du Ministère des Solidarités et de la Santé et de l’ARS Grand-Est missionnée pour déterminer l’organisation sanitaire à mettre en œuvre dans le cadre de cette crise. Dans un premier temps, le plan sanitaire prévoyait de s’appuyer sur les CHU de Nancy et de Strasbourg, tous deux établissements de santé de référence habilités pour le Covid-19.

 

Le GHRMSA, siège de SAMU 68, faisait partie des hôpitaux susceptibles d’être mobilisés en seconde intention pour augmenter, si besoin, les capacités des établissements de première ligne. A la suite d’un rassemblement religieux à Bourtzwiller, nous avons été amenés à prendre en charge de nombreux cas présentant des symptômes graves de la maladie. Face à cet afflux massif de malades, j’ai déclenché le Plan Blanc à partir du 7 mars.

 

 

 

Concrètement quelles ont été les principales mesures prises par le GHRMSA pour faire face à la crise sanitaire liée au Covid-19 ?

 

Toutes les mesures ont été et sont toujours prises après consultation de la cellule de crise du GHRMSA en fonction de l’évolution du contexte sanitaire et des recommandations nationales ou régionales. L’une des toutes premières mesures est d’ouvrir, le 28 février, un centre de consultations et de prélèvements Covid-19 dans les locaux de l’antenne DRH située à l’hôpital Emile Muller. Puis face à l’ampleur de l’épidémie, tous les secteurs médicaux sont mis à contribution pour adapter leurs capacités d’hospitalisation. Début mars, les premiers services dédiés aux patients covid sont la médecine interne et l’UMIPU. D’autres unités s’adaptent pour assurer la prise en charge des malades : les unités de court séjour en gériatrie, les réanimations, l’unité d’hospitalisation de courte durée de Pédiatrie, la pneumologie, la diabétologie, la néphrologie et la dialyse, le bloc opératoire… Les sites d’Altkirch, Cernay, Rixheim, Sierentz, St Louis et Thann s’investissent à leur tour pour soigner les patients covid.

 

Pour augmenter notre capacité d’accueil, les interventions et prises en charge non urgentes sont déprogrammées et les sorties ou transferts de patients non covid sont accélérés. Les activités de chirurgie d’urgence et de cancérologie sont maintenues. Toutes les manifestations prévues au GHRMSA sont annulées. Nous décidons aussi de limiter les visites dans un premiers temps puis de les interdire. Pour les EHPAD, nous créons une Cellule d'appui à la gestion du Covid-19 animée par  un gériatre. Nous ouvrons également une ligne d’écoute et de soutien à destination des familles et proches des patients hospitalisés, transférés ou décédés.

 

La situation devenant de plus en plus critique, pouvez-vous nous décrire quand et comment la solidarité se met en place pour soulager les équipes ?

 

La situation s’est sérieusement tendue à partir du week-end des 7 et 8 mars. Le Centre 15, obligé de doubler ses capacités, enregistre pas moins de 1200 dossiers liés au covid. Nous accueillons de nombreux patients présentant des signes d’insuffisance respiratoire. C’est à ce moment-là, que la solidarité territoriale commence à s’organiser afin de soulager nos unités covid. Un partenariat se met en place avec les cliniques du Diaconat et le Centre Hospitalier de Pfastatt. Suite à un appel à renforts lancé sur les réseaux sociaux, des professionnels de soins extérieurs au GHRMSA se proposent de venir en appui.

 

Dans la foulée, un signal fort est lancé par le Chef de l’Etat qui viendra en personne, le 25 mars, visiter l’élément militaire de réanimation du Service de santé des armées, sur le site de l’hôpital Emile Muller. Cette unité de 30 lits de réanimation du service de santé des armées accueille son premier patient le 24 mars. Entre-temps, les premières évacuations sanitaires de patients covid ont commencé. Des ponts aériens civils et militaires se font vers les hôpitaux français allemands, suisses et luxembourgeois : 5 opérations Morphée mises en œuvre et 1 TGV sanitaire mobilisé. Du 11 au 30 mars, le SAMU 68 a ainsi coordonné 289 transferts de patients Covid-19 vers d’autres services de réanimation. Au plus fort de la crise, au 31 mars 2020, sur l’ensemble de nos sites, le GHRMSA comptait 490 lits et places dédiés aux patients Covid-19, dont 410 lits en hospitalisation complète et 80 lits de réanimation.

 

 

A quel moment percevez-vous une amélioration de la situation ?

A partir du 3 avril, nous observons une accalmie. Le transfert des patients et les effets du confinement produisent un effet positif. Le nombre de nouveaux patients Covid-19 arrivant aux urgences et les appels au Centre 15 ralentissent. Autre signe encourageant : des patients sortent de l’hôpital. Certains patients sortant de réanimation nécessitent toutefois une prise en charge spécifique. C’est pourquoi nous ouvrons dès le lundi de Pâques une unité de soins post-réanimation respiratoire (UPRR) Covid-19. Son équipe prend en charge 12 patients qu’il faut progressivement sevrer de la ventilation artificielle.

 

Quelle est la situation aujourd’hui et comment envisagez-vous les semaines à venir ?

Le Plan Blanc déclenché le 7 mars est toujours en vigueur. Les interventions et hospitalisations non urgentes restent suspendues. Le contexte est toutefois favorable pour envisager une reprise progressive et coordonnée de nos activités. Ainsi, du côté des urgences, les patients relevant des urgences adultes (Covid et non Covid) sont à nouveau pris en charge au service d’accueil des urgences de Mulhouse depuis le 4 mai. Les consultations externes et des activités des plateaux techniques se remettent en route progressivement depuis le 11 mai. L’objectif est de prendre en charge les patients dont les consultations ont été annulées en raison du Covid.

 

Un groupe travail a été missionné pour élaborer un plan de reprise concernant les soins conventionnels. Ce plan sera étalé sur plusieurs semaines incluant la période estivale. Les recommandations de ce groupe de référents permettront de définir la priorisation, le cadencement et les modalités de déploiement des activités de notre établissement, qu’il s’agisse des consultations, de la chirurgie, des actes techniques ou des hospitalisations conventionnelles ou en ambulatoire. La réflexion porte sur la reconfiguration de nos capacités d’hospitalisation. Elle inclut la planification de l’activité en médecine et chirurgie, le retour des équipements dans leur unité d’origine, la mise en œuvre d’un plan de désinfection des locaux et le retour des personnels dans leur unité d’affectation.

 

Le plan de reprise intégrera-t-il de nouvelles façons de travailler ?

Le virus est toujours actif, je le rappelle. Et pourtant nous sommes tenus de permettre un accès aux soins pour tous, patients porteurs de covid-19 ou non, pour les pathologies chroniques et les filières d’urgence. Dans ce contexte, il nous faut limiter les risques de transmission du virus et appliquer les mesures barrières adaptées à la reprise d’activité. Elles nous imposent la mise en place d’un dispositif contraignant aussi bien pour le personnel que pour les patients. Les consignes ont été définies par le groupe de travail que je viens d’évoquer. Prenons l’exemple des consultations. Les locaux ont dû être réaménagés. Les sièges sont positionnés pour respecter les règles de distanciation. Il est aussi convenu de ne voir qu’un seul patient toutes les 30 minutes et de procéder à un bionettoyage entre deux patients. Ce sont là quelques-unes des consignes à respecter. Par ailleurs, nous développerons la téléconsultation. Enfin, avec la crise, nous pouvons esquisser les contours d’une organisation plus efficiente dans certains secteurs. L’idée est de renforcer la logique de parcours de soins programmés. Cela suppose une adaptation de l’organisation de chaque spécialité.

 

Qu’en est-il des personnels ? La situation actuelle nécessite-t-elle de nouveaux renforts ?

Depuis le début de la crise, nous n’avons cessé de lancer des appels à la mobilisation des professionnels. D’abord au niveau du SAMU, puis pour l’ensemble des unités covid. Nous avons bénéficié de l’aide de renforts des cliniques privées locales mais aussi des professionnels venant d’autres régions, du service de santé de l’armée et de la réserve sanitaire. Les étudiants infirmiers et aides-soignants ont également répondu à notre appel. Dans ce domaine, je voudrais souligner la mobilisation remarquable de la Direction des Affaires Médicales, la DRH, la CGS, de la cellule de déploiement des renforts mise en place au début de la crise et de notre service recrutement. Tous assurent le recrutement et la coordination des renforts soignants et non soignants. Aujourd’hui, pour lutter contre le covid, nous recherchons toujours des renforts dans le domaine du soin : médecins, infirmières, kinés, aides-soignants.

 

Quel bilan tirez-vous du dispositif de soutien et d’accompagnement ?

Face à ce contexte de crise sans précédent, la création d’une unité de ressource et de soutien aux professionnels s’imposait. Je rappelle que ce dispositif a été créé, fin février, en concertation avec l’équipe de liaison de psychiatrie, le collège des psychologues et la CUMP de Rouffach. Il s’articule autour d’équipes de soutien qui interviennent dans les services de soins et de plusieurs espaces de ressources répartis sur les sites de Mulhouse, Thann, Altkirch, Cernay et Rixheim. Nul doute que ce dispositif répond à un réel besoin. En l’espace de deux mois, l’équipe mobile a rencontré près de 5000 professionnels. Quant aux espaces ressources, ils ont recensé quelque 1600 interventions soit 300 par semaine. Ce dispositif restera actif le temps qu’il faudra et j’invite vivement tous les professionnels à y recourir.

 

 

Notre hôpital a été touché de plein fouet par cette crise. Quels sont les premiers enseignements que vous retenez de cette situation inédite ?

Avec la survenue de la crise, nous avons su démontrer notre capacité à nous adapter très rapidement à une organisation inédite. Il fallait répondre à l’afflux massif de patients dont beaucoup nécessitaient des soins lourds. Mis à rude épreuve, tous les services, tous les agents, ont fait preuve d’une grande réactivité, les services de soins bien entendu, mais aussi les services administratifs et logistiques. En signe de solidarité, chaque site du GHRMSA a répondu avec intelligence et efficacité à cet appel à la mobilisation !

 

Cette mobilisation de toutes et tous a été et reste indispensable pour faire face à cette situation tout à fait exceptionnelle. Je voudrais souligner à quel point le rôle de chaque professionnel dans chacun de nos établissements est important dans la gestion commune de cette crise ! Cet esprit de groupe est plus que jamais notre moteur pour mener ce combat jusqu’au bout ! Nous avons été innovants, nous avons su être ingénieux dans les solutions que nous avons imaginées pour prendre en charge au mieux nos patients et nos résidents. Tout le monde a joué le jeu, a retroussé les manches, s’est battu. Cette capacité collective nous rend plus forts aujourd’hui. Notre groupe hospitalier est exemplaire et j’en remercie chaque acteur ! Je voudrais exprimer ma fierté du chemin parcouru pendant toutes ces semaines par nos équipes. Mais je veux aussi appeler chacun à rester vigilant, solidaire et réactif ! La bataille n’est pas encore définitivement gagnée, ni chez nous, ni ailleurs. Cette crise sanitaire laissera des séquelles. Mais nous en sortirons grandis, plus forts humainement !