Pôle Femme-Mère-Enfant : les équipes de maternité-gynécologie et d’anesthésie prêtes à faire face au risque d’arrêt cardio-respiratoire maternel

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Au GHRMSA, les personnels des services de maternité-gynécologie, des maisons de périnatalité de Thann et d’Altkirch et d'anesthésie ont été formés à la prise en charge de l’arrêt cardiaque maternel. Le Dr Philippe WEBER, Chef du pôle Femme-Mère-Enfant, nous dévoile les détails de cette démarche ambitieuse.

Docteur Weber, quelles sont les spécificités de la survenue d’un arrêt cardio-respiratoire chez la femme enceinte ?

Une femme sur 12 000 admise en salle d’accouchement est susceptible d’être victime d’un arrêt cardio-respiratoire. Cet évènement rare potentiellement mortel peut se produire à tous les stades de la grossesse. Il est le plus souvent imprévisible sans signes précurseurs. Les professionnels de santé ne sont pas habitués à une telle situation en raison de la faible prévalence de cette urgence vitale. Leur première réaction est de sauver l’enfant en priorité en pratiquant une césarienne, avant de s’occuper de la mère chez qui la prise en charge tardive conduit souvent à la mort encéphalique, après quelques minutes seulement. C’est pourquoi les recommandations les plus récentes insistent sur l’importance de « sauver la mère ». Ce message clé est aujourd’hui notre mot d’ordre.

 

Pourquoi la femme enceinte présente-t-elle des risques particuliers ?

Chez la femme enceinte, l’augmentation du volume de l’utérus est à l’origine de modifications anatomiques et physiologiques. On peut citer la compression de l’axe vasculaire aorto-cave situé dans l’abdomen, le développement d’un œdème des voies aériennes supérieures, l’ascension du diaphragme, le risque augmenté d’inhalation, l’augmentation de la consommation d’oxygène, etc…Les causes principales sont d’ordre cardio-vasculaire (troubles du rythme, infarctus du myocarde, cardiomyopathies), septique, métabolique, thrombo-embolique (embolie pulmonaire, embolie amniotique), anesthésique. Vous comprendrez que la réanimation peut s’avérer très difficile compte tenu des contraintes liées à ces modifications physiologiques.

 

Quels gestes importants faut-il réaliser lors de la réanimation cardio-pulmonaire ?

Sans surprise, la réanimation démarre immédiatement par le massage cardiaque externe après avoir prévenu les secours grâce à un numéro d’appels groupés, le 911. Une césarienne en urgence peut être pratiquée sur place, après 4 mn en cas de réanimation inefficace afin de lever la compression des vaisseaux aorto-caves. Elle permet aussi d’espérer la survie de l’enfant. A 20 semaines d’aménorrhée, on peut déplacer manuellement l’utérus vers la gauche. Au bout de 15 mn, en l’absence de récupération d’une activité circulatoire efficace, les personnels peuvent faire appel aux réanimateurs pour envisager la pose d’une assistance circulatoire externe. Les réflexes et gestes à pratiquer sont consignés dans un protocole élaboré sous la forme d’une aide cognitive. Cette check-list très précise est commune à tous les acteurs susceptibles d’intervenir dans le cadre d’un arrêt cardio-respiratoire maternel. Le chronomètre devient un outil indispensable lors de la réanimation. Présent sur tous nos chariots d’urgence, il nous permet d’agir avec précision. Une réanimation efficace permet d’espérer un taux de survie de la mère de l’ordre de 60 %.

 

En quoi consiste la formation des équipes ?

La totalité du personnel soignant et non soignant des services de gynécologie-obstétrique (ex-pôle Magyc) et du service d’anesthésie de la Maternité, soit 240 personnes, a été formée aux premiers gestes de réanimation cardio-pulmonaire en 2021. Encadrés par des formateurs agréés de Life Support France, les personnels ont pu s’entrainer sur des mannequins par groupes de 10. La mise en œuvre de cette procédure est remarquable puisqu’elle associe les services de gynécologie-obstétrique, les services du pôle Ambre, mais aussi les services de néonatologie, des urgences, de réanimations et de chirurgie cardiaque. Notre objectif est bien entendu de sauver des vies grâce à l’harmonisation des protocoles « urgences vitales ». Cela nous permet d’optimiser la prise en charge spécifique de l’arrêt cardio-respiratoire, non seulement, chez la femme enceinte mais également pour tout autre patient et même pour nos personnels. C’est aussi une formidable opportunité d’améliorer et promouvoir le niveau de  compétence et de connaissance de l’ensemble de nos professionnels de santé.